Retour sur la Chaire publique de l’AELIÉS Un système de santé public… avec du privé?
par Audrey Painchaud -
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Est-ce que le privé a sa place dans le régime public de soins de santé au Québec? C’est à cette question que Claude St-Georges, Chantal Gravel et Valentin Petkantchin ont tenté de répondre, cette semaine, lors de la troisième conférence 2005-2006 de la Chaire publique de l’AELIÉS.
Les défaillances du système public québécois étaient à l’honneur lors de ce débat. Pour Valentin Petkantchin, directeur de la recherche à l’Institut économique de Montréal, la «privatisation est inévitable d’une certaine façon». En relatant l’augmentation des dépenses reliées à la santé entre 1993 et 2004, il fait remarquer qu’elles sont aussi élevées que dans des systèmes où il n’y a pas de file d’attente. Le directeur en déduit que «l’État est un mauvais gestionnaire» et qu’il «nous coûte trop cher sans livrer la marchandise».
Claude St-Georges, porte-parole de la Coalition en santé du Québec et responsable de l’information à la Fédération de la santé et des services sociaux de la CSN, a lui aussi reconnu certaines failles au système de santé. Mais il estime plutôt qu’«il y a un sous-financement chronique», un manque de soutien qu’il attribue à des coupures graves dans les domaines de la santé et des services sociaux. Étranglant ainsi le système public en cours pour mettre en valeur les avantages du privé, suppose-t-il.
Selon Claude St-Georges, une ouverture au privé met en jeu l’équité des soins offerts à la population et il redoute ainsi l’arrivée des compagnies d’assurances privées. En se basant sur le système de soins de santé des États-Unis, il rappelle que «les assureurs sont en droit de faire de la sélection de clientèle». Cette mesure amènerait donc à l’exclusion de ce régime des gens malades ou peu fortunés. Ceux qui ne peuvent pas se procurer des assurances sont «à risque de faire face à la faillite ou de se priver de soins», mentionne-t-il, soulignant qu’on risque de favoriser les plus privilégiés.
Pour sa part, Valentin Petkantchin trouve que la comparaison faite avec les États-Unis n’a rien à voir avec le système de santé à deux vitesses dont on discute aujourd’hui. «Les assureurs privés qui pourront voir le jour au Québec n’auront rien à voir avec les assurances américaines», explique-t-il. Selon lui, «ce seront des assurances duplicatives», qui gardent un lien avec le système public, «et non une assurance principale comme on retrouve aux États-Unis». Ainsi, les personnes voulant utiliser le système privé pour se faire soigner donneraient leur place à d’autres sur les listes d’attente du public. «Les deux patientent, de cette façon, moins longtemps pour se faire soigner», croit M. Petkantchin.
Mettre un bémol au débat Sans prendre une position aussi définie que les deux autres participants, Chantal Gravel, professeure de management à l’Université Laval, ajoute un bémol au débat. «C’est un système complexe. On ne peut pas en parler comme on parle de Wal-Mart ou de McDonald’s», précise-t-elle. Un changement est en cours, selon elle: les technologies évoluent, les expertises sont de plus en plus pointues et les clients ont accès à l’information, ils sont donc plus conscients de certains phénomènes. Elle estime que la société doit donc gérer de nouveaux problèmes de plus en plus complexes. Ainsi, «des solutions souples et adaptées» doivent être trouvées, croit Chantal Gravel.
Elle ajoute qu’«il faut éviter les pensées binaires, ce n’est pas vous êtes blanc ou rouge», prônant un apport d’idées nouvelles et un travail commun. «Il faut travailler ensemble, ce n’est pas mes bebelles ma cour», s’exclame-t-elle. «L’erreur, c’est de remettre seulement de l’argent. On ne règle pas les problèmes comme ça», déplore Mme Gravel. Pour elle, «un réseau sain, c’est un réseau qui coule», un peu comme un cours d’eau, il faut de «la fluidité dans nos services».
Outre la performance des experts, il faut aussi souligner la participation active des étudiants de médecine lors de la période de commentaires et de questions. La plupart s’opposaient nettement et clairement à la privatisation du système de santé au Québec, une ouverture tout de même envisageable pour certains. |
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