Sainte-Jeanne au Théâtre du Trident Combat en geste et en paroles
par Raymond Poirier -
Arts et spectalces
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| Courtoisie Louise Leblanc |
«Épique», autant dans les paroles que dans les actions, voilà comment le metteur en scène Gill Champagne qualifie sa dernière pièce, Sainte-Jeanne de George Bernard Shaw, présentée au Trident jusqu’au 26 novembre prochain, une relecture captivante de l’histoire de Jeanne d’Arc.
On y suit l’histoire de la Pucelle, de sa montée, culminant avec sa victoire à Orléans, jusqu’à son procès face à l’Inquisition. Des discussions aux batailles, tout demeure un combat, selon M. Champagne. «Autant on se bat parfois avec le corps, parfois avec son opinion. Le rythme du texte doit être le même que pour les combats», remarque-t-il, indiquant que «les opinions sortent comme des coups de lance».
Dans ce texte, écrit peu après la canonisation de Jeanne d’Arc, l’auteur George Bernard Shaw partage aussi sa vision de l’Église ou de Dieu. «On entre dans le discours à travers l’opinion politique de Shaw», observe-t-il. C’est parce qu’il «aime bien s’attaquer à des grands personnages» que M. Champagne a choisi de monter ce texte. Toutefois, avec Sainte-Jeanne, il souhaite d’abord et avant tout «parler de la femme plutôt que de la sainte». «Qu’est-ce qu’elle était vraiment? Une enfant très simple, qui devait avoir du charisme, de la force», estime-t-il.
Quant à l’univers de la pièce, il est «plus symbolique que réaliste». C’est par l’idée de mémoire, de souvenir, qu’il a trouvé l’identité de la production: «Nous, ça nous donne une piste pour préciser la façon de jouer ou la conceptualisation des costumes, par exemple», explique-t-il. «Puis, plus on avance dans le spectacle, plus on entre dans le personnage de Jeanne: c’est son intériorité à elle», poursuit Gill Champagne.
Retour critique sur Sainte-Jeanne De cette manière, la seconde partie nous amène dans un univers de cours où un combat statique physiquement, mais riche émotionnellement fait rage, méritant amplement le qualificatif «épique» proposé par M. Champagne. Malgré cela, le rythme dans la première partie est inégal et parfois l’on aurait souhaité quelques coupes dans les presque trois heures de la production. On regrettera aussi la scénographie de Jean Hazel qui, quoiqu’elle demeure fort efficace, notamment lors de la superbe finale, déçoit lorsque comparé à ses précédents efforts sur la scène du Trident.
Il n’en reste pas moins que l’attention demeure fixée sur les comédiens, qui campent de belle manière leurs différents personnages. Marjorie Vaillancourt campe une Jeanne d’Arc redoublant de confiance et de force pour devenir l’égal physique de la dizaine d’hommes qui l’entoure. Une composition fort intéressante ni trop fanatique ni trop rebelle, bien appuyée par les comédiens masculins, qui réussissent aussi à bien assumer la dimension plus comique de certains personnages ou certains passages, apportant une légèreté au texte qui s’avère bienvenue. Au final, il s’agit une pièce fort intéressante qui saura laisser une belle impression aux spectateurs. |
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