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Le journal des étudiants et des étudiantes de l'Université Laval


Édition du Mardi 31 janvier 2006 > Arts et spectalces > Œuvres animées
Critique de la pièce La société de Métis
Œuvres animées
par Rachel Lefebvre - Arts et spectalces

Imaginez un musée où quatre tableaux sont conscients de la réalité et se remémorent le passé. Normand Chaurette, l’auteur, transporte le public dans un univers surréaliste qui l’amène à s’interroger sur les secrets les plus enfouis des personnages.

La pièce se déroule à Métis-sur-Mer, petit coin perdu près de Rimouski. L’œuvre n’a de réaliste que le lieu, l’absurdité étant présente du début à la fin. Zoé Pé, Octave Gredind, Pamela Dicksen et Casimir Flore sont les tableaux qui s’animent, soudainement, lorsque les touristes désertent le musée. Ses œuvres d’art partagent un secret qui les lient et dont les spectateurs sont témoins.

En plus de créer un texte surréaliste, l’auteur a abordé le thème du mythe de Narcisse par le personnage de Zoé. La déchéance de la femme constitue l’élément déclencheur de l’œuvre. La beauté du texte se situe, par contre, dans le fait que chaque spectateur peut se faire sa propre interprétation de la pièce.

Le jeu des comédiens est une réussite en tout point. L’interprétation supposait que les personnages ne pouvaient laisser transparaître d’émotions dans la gestuelle, car ils devaient jouer le rôle des tableaux. Cependant, cette inertie fait rapidement décrocher le spectateur, seuls les plus curieux ne perdent pas l’intérêt.

De plus, le ton employé reflète bien le côté inerte des personnages. Le travail du scénographe est venu appuyer le jeu des comédiens. L’emploi de multiples cadres pour former le décor faisait un rappel constant du côté œuvres d’art des personnages. La présence de grands miroirs coulissants ajoute également à la scénographie en clarifiant ce qui est œuvre d’art et personnages.

La Société de Métis présente un portrait du monde contemporain où la valeur des choses ne s’évalue qu’en terme financier. L’obsession de la richissime Zoé Pé représente en quelque sorte la société capitaliste d’aujourd’hui. Pour ce qui est de Pamela Dicksen, ses troubles d’alcoolisme ajoutent de la légèreté à la pièce, malgré la gravité de ce problème. Bien que les thèmes exploités soient empreints de sévérité, certains moments laissent place à la légèreté.

Le surréalisme de l’œuvre ne convient toutefois pas à un large public. Le manque de rythme au début, bien que justifié par le contexte, laisse perplexe face à la suite des événements. Par contre, au niveau de la démarche créatrice des artisans de cette pièce, le travail est remarquable et mérite d’être souligné.
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