Éditorial
par Louis-Charles Guillemette -
Opinions
L’ampleur du vide
Enfin, la campagne municipale est terminée. La navrante platitude de cet exercice démocratique a révélé à quel point les politiciens qui l’entretiennent sont dépourvus d’intérêt, au même titre que leurs discours, «drabes» et monotones. Tellement laborieuse, cette campagne, que l’on en est venu, comble de l’écoeurite, à souhaiter le couronnement de la reine de Ste-Foy, question de clore, au plus vite, cette sombre histoire.
Il est vrai qu’après les seize années au pouvoir de Jean-Paul L’Allier, son successeur n’a d’autre choix que d’être un maire de transition, effacé et terne. Parce que même si l’on peut reprocher bien des choses à l’administration L’Allier, force est d’admettre que celui-ci a eu au moins le mérite d’avoir des idées, des projets qui faisaient rêver les citoyens de Québec.
Ce n’est sûrement pas en nous parlant de déneigement ou d’ordures que l’on va rêver. Certes, la Ville de Québec était peut-être due pour subir la gestion d’un petit maire sans envergure, qui se penchera sur les bobos qui préoccupent ses citoyens de Québec les plus ronronneux. À ce titre, Andrée Boucher est la plus qualifiée.
La nouvelle-ex-mairesse a déjà prouvé, par le passé, ses incomparables qualifications dans l’art de gérer à la petite semaine et d’être à l’écoute du troisième âge. Mais attention madame Boucher, vous vous retrouvez à la tête d’une vraie ville, pas d’un boulevard et de deux centres d’achats.
Une ville avec ses bungalows et ses abris Tempos, où la mairesse aura tôt fait de se retrouver. Mais aussi une ville avec ses quartiers défavorisés ou historiques, un centre-ville, une université, etc. Bref, une diversité qui nécessitera quand même une gestion plus nuancée que ce qu’entend proposer la Boucher.
Elle se devra de considérer avec plus de sérieux des questions cruciales comme l’environnement, le logement social ou la culture. La manière cavalière dont elle a évacué celles-ci et bien d’autres, les questions étudiantes, aussi, en refusant de participer au débat de la CADEUL, révèlent le peu de considération qu’a la nouvelle mairesse envers les préoccupations de certains de ses citoyens.
Quand on dirige une vraie ville, on se doit de répondre à l’ensemble des électeurs et non pas à une petite partie adepte des lignes ouvertes qui a la certitude que son univers se termine là où débute la cour du voisin.
Pour une seule raison, on peut se réjouir de l’installation de la vice-reine du boulevard Laurier à l’hôtel de ville. Grâce à elle, Marc Bellemare, qui représente la quintessence du politicien véreux, carriériste et poseur, a mordu la poussière. Celui qui se voyait à la tête de Québec a pris une sévère mais méritée débarque quand la mairesse s’est portée candidate et jamais, jusqu’à la conclusion de la course, il ne s’en est relevé. D’un côté, on avait le politicien opportuniste secondé par une organisation de béton. De l’autre, une vieille expérimentée, retors à souhait qui manigance, directement de sa cuisine, sans affiche ni équipe. Un combat des genres intéressant qui nous interpelle un peu plus sur la perception des politiciens et du cynisme qui les entourent.
Mais même si Madame Boucher a fait montre d’une détermination convaincante, il semble que jamais les citoyens de Québec ne se sont aperçus l’ampleur du vide qu’elle représente.
Louis-Charles Guillemette Rédacteur en chef |
|