Réplique
par François Lapointe, étudiant en études internationales et langues modernes -
Opinions
FEUQ 201
Droit de réplique à l’article de Fanny Graham, FEUQ 101, publié dans le journal Impact Campus du 25 octobre 2005
L’article de Fanny Graham mérite une réponse tant il semble n’avoir pour seul objectif que de faire le procès de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ). Un procès, je souhaite le préciser, qui m’apparaît strictement basé sur la déformation des faits et qui prête indûment à cette organisation des intentions manipulatrices.
Le Sommet du Québec et de la jeunesse Revenons sur le Sommet du Québec et de la jeunesse (SQJ) qui a eu lieu en 2000. Mme Graham laisse entendre que des gains de 1 milliard $ en éducation postsecondaire n’ont pas constitué une victoire pour les étudiants. Drôle de façon de voir les choses! En effet, ce qu’elle oublie de dire, c’est que ce réinvestissement s’est traduit par l’embauche de professeurs, la rénovation et la construction de bâtiments, la modernisation des équipements, notamment des bibliothèques. Les chiffres sont disponibles; il suffit de les consulter. Il est donc évident que les étudiants des années 2000 étudient dans des conditions qui, à défaut d’être parfaites, sont bien meilleures que durant les années 90. La FEUQ n’est pas l’unique responsable de cette amélioration, mais elle y a grandement contribué.
Il est aussi reproché à la FEUQ d’avoir accepté de participer au SQJ et d’avoir bénéficié d’une situation confortable contrastant avec celle de ceux qui manifestaient à l’extérieur. Ce débat est vieux comme le monde: faut-il être dehors ou dedans? Faut-il provoquer des changements radicaux par l’affrontement ou prôner des réformes par le dialogue? J’estime, comme une majorité d’étudiants, que la FEUQ a fait le bon choix en dialoguant avec le gouvernement, puisque cela a produit des résultats concrets pour les étudiants.
Grève de 2005 Comme beaucoup, j’ai suivi de près la campagne des 103 M $, j’y ai même participé. La description faite par Mme Graham du rôle de la FEUQ me semble dénuée de fondement.
Elle accuse la FEUQ d’avoir «évacué toute revendication sociale». À moins que ma mémoire ne fasse défaut, je me rappelle que la FEUQ a toujours situé la transformation des bourses en prêts dans une perspective plus large de l’accessibilité aux études supérieures et de la lutte à l’endettement étudiant. La FEUQ n’a pas hésité à dénoncer l’iniquité profonde de cette mesure qui pénalisait des étudiants déjà confrontés à une situation économique précaire; elle a fait des 103 millions un enjeu-clé devant mobiliser une génération appelée à relever de nombreux défis, dont le choc démographique. Ainsi, il est odieux de parler «d’évacuation»!
L’auteure reproche aussi aux Fédérations (FEUQ et FECQ) de s’être «emparées du mouvement, s’imposant seuls représentants étudiants devant le gouvernement Charest». Ma lecture est tout autre… La FEUQ, forte de plus de 170 000 membres, a exercé un leadership normal compte tenu de son rayonnement au Québec et de la situation de crise. Le contraire aurait été plutôt surprenant – et même décevant! De plus, la FEUQ n’a jamais cherché à écarter d’autres groupes pour obtenir le statut de représentant privilégié auprès du gouvernement. Cette décision a appartenu en propre au seul gouvernement!
Enfin, Mme Graham assène l’ultime reproche en insinuant que la FEUQ aurait tué le mouvement des 103 M $. L’entente négociée dans un climat de grande tension avec le gouvernement n’est peut-être pas celle à laquelle aspiraient tous les étudiants, soit. Mais, étant donné les circonstances, c’était la meilleure que nous pouvions arracher! Cette entente a été soumise de bonne foi aux assemblées générales, et approuvée par une majorité d’étudiants qui ont vite compris que la stratégie jusqu’au-boutiste de la CASSÉE ne laissait envisager aucun gain additionnel; poursuivre la grève plus longtemps n’aurait que poussé le gouvernement à mettre un terme aux négociations. Je peux comprendre que certains qui appuyaient la poursuite du débrayage aient été déçus de la tournure des événements. Mais accuser la FEUQ de «manque de transparence» et de «récupération» n’est tout simplement pas conforme au rôle qu’elle a joué, ni à la perception qu’en ont une majorité d’étudiants!
Plan d’action et plan de développement Enfin, Fanny Graham fait référence à un événement dont elle semble connaître les tenants et aboutissants les plus intimes: le congrès printanier 2005 de la FEUQ. Je n’y étais pas et ne sais pas ce qui s’y est déroulé précisément. Toutefois, j’ai fait des recherches et j’ai communiqué avec des associations étudiantes membres de la FEUQ.
Selon leurs propos, au congrès de juin (à Chicoutimi), il y a eu l’adoption des plans de travail et au congrès d’août (à Québec), il y a eu présentation et adoption du plan d’action 2005-2006. Le plan d’action a été adopté à l’unanimité par les associations étudiantes membres (Source: Association étudiante de Concordia). Aussi, je tiens à préciser qu’un plan d’action ne peut être distribué à tout vent… puisque sa nature stratégique impose justement des limites à une divulgation entière et prématurée!
Par ailleurs, selon Impact Campus, la CADEUL a vu ses demandes intégrées au Plan de développement 2005-2010 de la FEUQ et elle a voté en faveur de son adoption. Il m’apparaît donc de très mauvaise foi qu’Antoine Houde, président de la CADEUL, doute de la «prise de conscience et de la réelle volonté de changement de la FEUQ»… surtout lorsque l’on sait que la FEUQ ce sont les associations membres qui la composent!
De plus, concernant le «manque de vision» de la FEUQ, je crois que les associations membres en seraient les premières responsables, si manque il y a effectivement. N’est-il pas le rôle des membres de donner à l’exécutif national l’orientation qu’elles souhaitent? Si la FEUQ manque de vision, c’est donc que les associations qui la composent, dont la CADEUL, ne savent pas ce qu’elles veulent.
Je termine sur cette interrogation: en tant qu’étudiants, serions-nous vraiment mieux représentés à l’extérieur de la FEUQ, aux prises avec une CADEUL désaffiliée, sans vision et sans rayonnement national? Non! |
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