Rivalités électorales entre Québec et Montréal «Le Québec n’est pas le plateau Mont-Royal»
par Charles-Émile L'Italien Marcotte -
Opinions
Samedi 21 janvier 2006, à la première chaîne de Radio-Canada, lors de l’émission Ouvert le samedi, Christopher Hall s’évertue à traiter les habitants de Québec de morons, dans l’éventualité où ils pourraient élire des candidats conservateurs. Maintenant que c’est fait, comment pourrait-on qualifier ces propos?
Christopher Hall disait plus spécifiquement: «Est-ce qu’on vit à Québec parce qu’on est moron, ou on est moron parce qu’on vit à Québec [Rires]». Personnellement, je suis plus inquiété par le west-island de Montréal qui a élu douze candidats libéraux, que par la région de Québec. Après tout ce qu’on a pu apprendre sur Option Canada, sur les commandites et sur tout ce qu’on ne sait pas encore, comment peut-on voter libéral? (C’est un argument d’autorité.) Mais une des bases fondamentales de la démocratie, incluant la nôtre, c’est de respecter les opinions qu’on ne partage pas. Rien n’est plus dangereux que la pensée unique, même si plusieurs citoyens semblent la privilégier.
Nous vivons une montréalisation du Québec. Que ce soit à la télévision, à la radio, dans les journaux, l’information qui est véhiculée dans les médias provient en majorité du grand Montréal. Le Soleil, c’est un sous-cahier de La Presse; il ne reste pas beaucoup du Journal de Québec lorsqu’on en retire les suppléments montréalais; Radio Énergie, Rock-détente, Rythme-FM, CHRC, Radio-Canada (radio et télévision), TVA, TQS: on a un contenu réseau énorme, et un contenu local de plus en plus mince. Québec, c’est la capitale nationale; mais que retire-t-on de ce titre, hormis l’Assemblée nationale et des milliers de fonctionnaires? Il existe une rivalité intense entre Québec et Montréal. Depuis que les Nordiques sont disparus, on cherche un nouvel objet de discorde. Lorsqu’on les bat au football, l’Université Laval et les joueurs du Rouge et Or sont dénigrés dans les médias montréalais; lorsqu’ils nous battent, ça fait leurs manchettes. Pourquoi ont-ils une fête des neiges, si ce n’est pour concurrencer notre carnaval d’hiver? Et pourquoi a-t-on un Grand rire, si ce n’est pour copier leur festival Juste pour rire?
Cet esprit de rivalité se prolonge également dans ce que nous sommes en tant que citoyens de Québec. À force de se faire traiter de morons, de gens moins importants et d’entendre répéter que Québec, c’est un gros village, nous développons un sentiment d’infériorité par rapport à Montréal. Bien sûr, Montréal est la métropole du Québec, mais peut-il rester une part du gâteau pour la deuxième ville en importance, ou faut-il jeter la serviette en disant «Montréal et les régions»?
Il y a longtemps que nous n’avons pas d’élus, autant municipaux que provinciaux, qui prennent la défense de Québec. Nous n’avons pas le même poids démographique que Montréal, mais il est temps de réclamer notre place dans la province. Le même problème peut être remarqué en Gaspésie et à Rimouski, pour prendre ces exemples.
Christopher Hall soulève un élément symptomatique de la «montréalologie». Lors d’une élection, il est possible de percevoir des clivages entre les différentes régions géographiques. Pourquoi les citoyens de Québec ont-ils voté pour des candidats conservateurs et pas le reste de la province? Je n’ai pas la réponse, mais les électeurs ne se trompent jamais. Si le Bloc québécois n’a pas gagné ici, il faut conclure qu’il ne répond pas aux besoins des citoyens d’ici. C’est tout. Tous les arguments d’autorité, les pétitions de principes et les généralisations hâtives, arguments utilisés par les résidents du plateau Mont-Royal pour décrire le phénomène québécois, sont en fait des raisonnements fallacieux et même un manque d’arguments. Si les Montréalais croient qu’ils ont le monopole de la vérité, c’est que, probablement, ils s’en éloignent. C’est dans la multitude d’opinions différentes qu’on reconnaît les grandes nations. Y a-t-il eu une grande dictature, dans le monde, dont on apprécie les idées et les progrès sociaux? Le silence est éloquent.
Montréal a une diversité ethnique, Québec une diversité culturelle. Si nous aspirons à un véritable équilibre et à prendre la place qui nous revient, il faudrait cesser de jouer le jeu du respect unidirectionnel en faveur de Montréal, mais sans pour autant tomber dans le chauvinisme. Pour grandir ensemble, Québec doit être fière. Et la fierté, c’est se lever debout et se faire entendre.
Le 24 janvier, à Indicatif présent, Marie-France Bazzo avait cette sage parole: «Le Québec n’est pas le plateau Mont-Royal.» De ces mots d’ouverture, il faudrait élargir le débat. Est-ce que la surreprésentation de Québec sur la scène fédérale va lui permettre de rattraper Montréal sur le plan culturel, économique et politique? Et réussira-t-elle à redevenir ce qu’elle était réellement et effectivement, c’est-à-dire une capitale nationale? |
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