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Le journal des étudiants et des étudiantes de l'Université Laval


Édition du Mardi 31 janvier 2006 > Opinions > Éditorial
Éditorial
par Louis-Charles Guillemette, rédacteur en chef - Opinions

La tête haute

Une secousse terrifiante a fait trembler les certitudes démocratiques des pays occidentaux lorsque le Hamas, l’une des vedettes de la démonisation à outrance du fait islamique, s’est posé comme l’un des principaux piliers des prochaines négociations dans la poursuite de la paix au Moyen-Orient.

Plusieurs observateurs ne croient pas que le Hamas pourra évoluer sur la voie politique et mettre fin à son activisme terroriste. Mais pourtant, ce sont ces mêmes experts qui doutaient des initiatives d’Ariel Sharon lorsqu’il prévoyait quitter la bande de Gaza en confrontant, sur ce sujet, les membres de son propre parti. Qui eût cru qu’à l’heure de son bilan, on identifierait Ariel Sharon comme un homme de paix, un bâtisseur de consensus. Si Sharon a pu évoluer autant en si peu de temps, qui sait ce que le Hamas pourrait faire, une fois bien implanté au sein de l’Autorité palestinienne. Il faut seulement espérer que le Hamas réussira à contraindre ses éléments les plus violents à mettre de côté leurs actions meurtrières. Pour ce faire, il faudra qu’Israël reconnaisse le poids politique du Hamas.

Mais si Israël a du mal à comprendre ce qui a pu amener les Palestiniens à opter pour la voie islamique, l’État hébreu devrait se pencher sur son travail de sape qui a constamment miné le pouvoir palestinien. En fait, l’élection du Hamas est la conséquence directe de la façon dont l’État israélien est intervenu afin de discréditer et de nuire à la classe politique palestinienne.
Dès la formation du Hamas en 1987, les autorités politiques israéliennes l’ont appuyé afin de combattre la domination du Fatah. Mais quand le Hamas a choisi la lutte armée pour défendre sa vision des choses, Israël s’est retourné contre son ancien protégé. Qui en est sorti affaibli? Le Fatah et, plus généralement, la vie politique palestinienne! 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Sharon en 2001, la répression militaire a constamment ciblé les infrastructures policières palestiniennes, privant ainsi les autorités compétentes des ressources leur permettant de maintenir l’ordre et de contrôler leurs éléments les plus agressifs. Ce sont ces mêmes militants fondamentalistes qui sont sortis victorieux du scrutin législatif du 25 janvier dernier.

Peut-être qu’un seul homme aurait pu contenir la vague islamiste. Marwan Barghouti, tête de liste du Fatah, représentant la jeune garde, a toujours combattu pour l’assainissement des pratiques politiques de sa formation, surtout concernant la corruption et la mainmise sur les instances par la vieille garde. Barghouti avait présenté un programme très proche du Hamas concernant la critique du déroulement des négociations et l’assurance de rester ferme devant l’armée israélienne. Mais étant donné qu’il est incarcéré dans les geôles israéliennes, il a dû mener sa campagne électorale du fond de son cachot… Résultat, le seul homme politique palestinien qui pouvait combattre l’influence islamiste purge cinq peines de prisons à vie.
La méprise la plus révoltante quand on tente de critiquer le choix palestinien est lorsque l’on estime que la victoire du Hamas va forcer le gouvernement israélien à agir unilatéralement puisqu’il ne reconnaîtra pas son interlocuteur fondamentaliste. Soyons clairs: le «très tendance» gouvernement Sharon n’a jamais considéré, au cours de ses tractations en vue de quitter Gaza, d’en glisser le moindre mot à son homologue palestinien. Ainsi, l’unilatéralisme a été sa seule stratégie.

Que perdent les Palestiniens en élisant un parti qui risque d’être mis à l’écart? Rien. Avec le Hamas, les Palestiniens ont peut-être opté pour une voie plus abrupte et cahoteuse vers la paix, mais ils ont décidé de garder la tête haute face à l’adversaire israélien, afin de préserver le peu de dignité qui leur reste.

C’est maintenant au Hamas d’être conséquent, de réussir à exercer son pouvoir autrement qu’avec des explosifs, de représenter les intérêts de leurs électeurs palestiniens en offrant une proposition concrète afin de résoudre le conflit. Entre leurs aspirations fondamentalistes et la réalité politique, le Hamas devra démontrer qu’il était prêt à jouer la joute électorale et d’assumer son nouveau rôle de représentant des Palestiniens.
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